Un fake, c’est quoi ça encore…? C’est une histoire montée de toute pièce, un hallucinant bobard, un canular (=hoax), un truc auquel il ne faut pas croire.
Sur le Net les fakes sont monnaie courante et généralement on les repère assez vite. Entre les no life qui s’inventent des vies de stars ou ceux qui photoshoppent des images pour se montrer serrant la main de Bill Clinton, le faker n’ayant jamais peur d’aller encore plus loin dans le mensonge, on l’identifie vite.
Et d’autres fois, cela prend des proportions hallucinantes. Notamment quand cela touche à la maladie. Car si les internautes ont des doutes, personne n’ose dire à un mourant “donne moi le nom de ton médecin je vais vérifier si tout cela est vrai”. Quel manque de confiance et de savoir-vivre, et quelle intruson dans la vie privée ! Pourtant parfois nous devrions peut-être…
C’est ainsi qu’il y a quelques mois je découvrais l’affaire Ashley Kirilow, non sans plaindre les victimes de cette énorme supercherie, mais avec un certain recul tout de même.
Et il il y a 2 jours en France et en Suisse un autre fake éclatait : celui de Salomé Elisheva qui tenait le blog “les tribulations d’une skieuse“. Je me permets de donner son nom puisque ce n’est qu’un personnage créé de toute pièce, rien n’existe derrière. Je ne donne bien entendu pas ici l’identité réelle de l’auteur de ce fake. En outre et en conformité avec le droit suisse je peux faire la preuve de la vérité (nous sommes plusieurs à avoir conservé une copie écran des aveux de la personne) et j’y vois un intérêt général, celui que plus personne ne se fasse avoir par cet individu après nous.
Après le travail de longue haleine de nombreux internautes, la blogueuse s’est retrouvée face à ses mensonges et a fini par tout avouer sur son blog. Un coming out vite disparu pour cause de fermeture de blog.
Le mensonge aura duré 3 ans. Plus d’un millier de personnes dupées, toutes investies à un degré plus ou moins important. Un millier de personnes dont moi.
Et oui, on peut être très au fait des canulars, spécialiste du web, entrainée à découvrir les fakes, quand l’émotionnel s’en mêle, l’intellect met du temps à réagir…
Nous avions tous des doutes, mais comme dit plus haut personne n’osait les formuler à voix haute, de peur du jugement des autres. C’est le jour où un internaute a eu le courage de dire à un autre “tu trouves pas ça gros toi ? ” que tous les mensonges ont pu être mis en lumière.
Mon conseil après coup ? Si vous avez des doutes, surement que d’autres en ont. Osez demander des preuves, les vrais malades comprendront que vous ne vouliez pas vous investir auprès de fakes. Finalement, quand on n’a rien à se reprocher, on ne se fâche pas de ce genre de demande…
L’anticipation des critiques à mon égard : les policiers, les avocats, les magistrats ne se font-ils jamais arnaquer ? Les médecins ne tardent-ils jamais à se faire diagnostiquer ? Les psychologues et psychiatriques voient-ils toujours clairs dans le comportement d’autrui ? Après coup en revoyant les photos, les textes, l’accumulation d’invraisemblances je me rends compte que tout ceci était un fake. Mais pendant l’histoire en elle-même, l’émotionnel et l’affect m’ont empêché de donner de l’importance à mes doutes. Et puis comme le disait Lao Tseu, l’expérience et une lumière qui n’éclaire que soi-même. Professionnellement cela m’apporte beaucoup d’avoir vécu un fake en tant que victime.
Et enfin mea culpa : désolée si ce billet n’est pas bien clair, mais dans l’histoire je suis devenue imbattable sur les fakes, ne dormant plus depuis des jours afin de démonter pièce par pièce tout ce baratin, comme une cinquantaine d’autres internautes. En outre je suis liée par la confidentialité sur certains aspects, ce qui rend les choses un peu sybilines dans le récit, j’en ai conscience et m’en excuse… Mais me faisant avoir dans ce domaine précisément, je ne pouvais pas ne pas en parler.
Quand on vous dit que les cordonniers sont les plus mal chaussés !